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Interview Anthony Da Silva La voix de Phoenix 66, tribute Johnny Hallyday

Sur scène, il est la voix de Phoenix 66. Dans la vie, il est animateur radio le matin, amoureux de la nature, et il chante depuis l'enfance. Anthony Da Silva raconte ses débuts, son lien avec Johnny, la naissance du groupe, son accident de 2021 et son retour sur scène, et ses plus beaux souvenirs de concert.

Interview réalisée en octobre 2026

Anthony Da Silva, chanteur de Phoenix 66, au micro, en noir et blanc
Photo : Julien Photographie

Les débuts

Tu as fait tes premières armes dans les bals, où tu chantais déjà "Que je t'aime" et "Requiem pour un fou". Quel est ton tout premier souvenir de scène ?

Le Téléthon de Baccarat, en 1989 je crois. J'avais 9 ans et je montais sur scène pour la première fois : un trac énorme, stressé à en être malade. Et ça m'a poursuivi jusqu'à mes 25 ans.

J'ai fini par ne plus m'en rendre malade, mais le trac, lui, est toujours bien là. Dans les secondes avant de monter sur scène, je n'ai qu'une question en tête : "qu'est-ce que je fous là ?" C'est le dernier endroit où j'ai envie d'être... et puis la musique démarre, le 1er couplet et c'est parti !! Et là, je ne voudrais être nulle part ailleurs. Quand tu fais de la scène depuis tout jeune, le seul endroit où tu te sens vraiment chez toi, c'est la scène.

Qui t'a transmis le goût de la musique quand tu étais petit ? Tes racines portugaises y sont-elles pour quelque chose ?

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu mes parents chanter à la maison. Il traîne même dans la famille une vieille K7 avec mes premières chansons dessus ! Et au Portugal, j'ai un oncle chanteur de fado et un autre qui a un groupe folklorique. La musique est ancrée dans la famille, on a peut-être ça dans le sang (rires)

Avant de te consacrer entièrement à la musique, tu as été animateur radio et commercial. Qu'est-ce que ces métiers t'ont appris pour la scène ?

L'un comme l'autre m'ont permis de gagner en aisance. Parce que contrairement à ce qu'on pourrait croire, je suis plutôt timide et réservé. Une fois que je connais l'endroit, ça va mieux, et une fois en confiance, je ne suis pas le dernier à faire le con ! La radio, j'y suis toujours d'ailleurs. Le commerce, j'ai arrêté complètement : je ne m'y épanouissais plus, et avant le Covid, Phoenix 66 avait vraiment pas mal de dates. Je voulais enfin me consacrer uniquement à la musique.

En 2020, tu as sorti "Je suis né", une chanson écrite avec Christophe Freyssac et inspirée de l'histoire de Michel Thonnelier. Que raconte-t-elle, et que représente-t-elle pour toi ?

"Je suis né", c'est une étape, un tournant, et une chanson qui a eu plusieurs vies et plusieurs sens.

Michel et moi avons un chemin de vie un peu similaire : on a ce côté loup en nous. Alors les mots qu'il a posés sur le papier, le soir où il a écrit "Je suis né", ne pouvaient que me correspondre. D'ailleurs, il ne voyait personne d'autre que moi pour la chanter. Christophe a repris le texte, l'a mis en musique, et c'était parti ! Un premier clip tourné entre deux confinements, une signature chez Universal... mais le Covid et les confinements à répétition ne nous ont pas aidés à défendre le morceau comme on l'aurait voulu. Aujourd'hui, je donne la priorité à Phoenix 66, mais l'idée d'un album est toujours là. J'attends les bons textes : je suis un piètre auteur... chacun son métier.

Quand Johnny chante, il incarne une histoire.
Anthony Da Silva

Anthony et JohnnyAnthony
et Johnny

Quel est ton tout premier souvenir de Johnny ?

Au début des années 90, je chantais déjà ses chansons les plus connues dans les bals (Que je t'aime, Requiem pour un fou...), sans avoir jamais vu un seul de ses concerts. Et puis un jour, je tombe sur le Parc des Princes, pour ses 50 ans. Une claque ! Une prestation hors norme. Dans ma tête de pré-adolescent, c'était sûr : je veux faire ça !

On dit que le concert des 50 ans de Johnny au Parc des Princes t'a marqué à l'adolescence. Tu y étais ? Qu'est-ce qui t'a frappé ?

Il m'a marqué, oui, mais je n'y étais pas, hélas... C'est le premier concert que j'ai vu, en VHS. J'avais 13 ans et personne dans ma famille n'écoutait Johnny : c'est moi qui suis allé le chercher, il n'est pas venu à moi par une quelconque transmission. À la maison, on écoutait beaucoup de chanson française, mes parents en tout cas. Mes sœurs, c'était plutôt Goldman, entre autres.

Qu'est-ce qui te touche le plus chez Johnny, comme artiste et comme homme ?

Sa façon d'interpréter les chansons, même les reprises. Pendant un temps, il finissait ses concerts avec la chanson d'un artiste qu'il admirait, et à chaque fois il lui donnait une nouvelle dimension. Ça m'a toujours beaucoup inspiré. On connaît son goût pour le cinéma, et Johnny sur scène, c'était ça : il endossait un rôle. Il ne chantait pas ses chansons, il les jouait. Quand Johnny chante, il incarne une histoire.

Et chez l'homme, ce qui m'a toujours le plus ému, c'est son authenticité. Il n'a jamais oublié d'où il venait, et je pense que certains devraient en prendre de la graine.

Ta chanson préférée de Johnny, et pourquoi celle-là ?

Il y en a tellement... Mais s'il ne devait y en avoir qu'une : "Le cœur en deux". Je l'ai découverte avec la sortie vidéo du concert d'octobre 2003, "Plus près de vous", dont la captation n'est parue qu'en 2021. Encore une claque ! Comme souvent chez lui, une chanson d'amour violent et un personnage tourmenté, fort et fragile à la fois : Johnny dans toute sa splendeur. Je crois qu'on a ce point commun, lui et moi, d'être des écorchés vifs. Et en plus d'être une belle chanson, elle est signée Pierre Billon, qui est aujourd'hui notre parrain.

Quelle est la chanson la plus difficile à chanter du spectacle ?

La première, Quelques Cris, fait partie des plus difficiles. Mais elles ont toutes leur complexité, et surtout elles sont toutes très physiques. Ce répertoire, on ne peut pas le chanter à moitié, sinon on n'est pas crédible.

Phoenix 66, c'est "sans sosie, sans imitation". Comment tu chantes Johnny sans l'imiter ? Où est la part d'Anthony dans le spectacle ?

Je m'inspire de ce qui faisait que Johnny était Johnny : je donne le meilleur de moi-même tout le temps, quelle que soit ma forme physique. Parce que Johnny était comme ça. Il donnait tout, son cœur et ses tripes, et il l'a fait jusqu'au bout ! On ne peut pas chanter Johnny sans en avoir conscience. Je me sers aussi de mes quelques expériences au théâtre : même sans l'imiter, il faut enfiler le costume, surtout pour un hommage.

La part d'Anthony, c'est mon histoire, et tout ce que les chansons de Johnny me permettent de raconter. Beaucoup d'entre elles me parlent particulièrement. Je n'ai pas eu sa vie, mais j'ai du vécu, du bon et du moins bon, et je me sers de tout ça pour faire vivre son répertoire et raconter un peu de ma vie à travers lui.

L'aventure Phoenix 66L'aventure
Phoenix 66

Comment est née l'aventure Phoenix 66 ? On raconte que tout est parti d'une soirée où tu as chanté "Requiem pour un fou" devant Michel Thonnelier.

C'est vrai, j'ai rencontré Michel lors d'une soirée où j'avais chanté Requiem pour un fou. Il dira d'ailleurs plus tard que c'est ce soir-là qu'il a décidé de ne plus la chanter (rires). On s'est revus bien plus tard, sur un spectacle en hommage à Johnny, qui venait de nous quitter (je le jouais alors avec un autre groupe). Puis j'ai décidé de quitter ce groupe, alors que Michel nous avait réservés pour son anniversaire, et c'est là qu'on a décidé de monter Phoenix 66. C'était en 2018. Une chose est sûre : sans Michel, je n'en serais pas là aujourd'hui.

C'est toi qui as trouvé le nom du groupe. Pourquoi Phoenix, et pourquoi 66 ?

On l'a trouvé avec la première mouture du groupe, à une époque où on ne pensait pas qu'il se professionnaliserait autant. Phoenix, comme l'oiseau qui renaît de ses cendres (qu'on a légèrement américanisé), et 66 en référence à la Route 66.

Présente-nous les musiciens qui t'entourent sur scène.

J'ai la chance d'être entouré de musiciens de talent, qui donnent tout, comme moi, pour la réussite de ce spectacle et de ce projet, et qui font passer les dates de Phoenix en priorité.

Nous avons :

Au-delà d'être d'excellents musiciens et chanteuses, on est un vrai groupe. On ne se voit pas beaucoup en dehors des concerts, mais c'est toujours un plaisir de se retrouver : on s'entend tous très bien, il y a un vrai esprit de camaraderie, et je peux même dire que certains sont de vrais amis.

J'ai aussi une pensée particulière pour l'équipe B, Jérémy Musiani (remplaçant à la guitare) et Fred Villard (remplaçant à la batterie), qui s'investissent tout autant, même pour un remplacement. Pour Michel et Annick, qui s'occupent du merch. Et pour mon ami Julien, luthier, et guitar tech sur certaines dates.

Phoenix 66, c'est tout ça, et c'est ce qui fait notre force sur scène.

Depuis 2018, quatre spectacles se sont succédé : "Requiem", "Voyage au pays des vivants", "Ça ne finira jamais" et aujourd'hui "Quelque chose de Johnny". Qu'est-ce qui a changé de l'un à l'autre ?

Requiem, c'étaient les débuts, notre messe en hommage à Johnny. Mais je savais déjà ce que je voulais : pour rendre hommage, il fallait le son et la lumière. Je ne voulais plus seulement faire des bars, je voulais créer de vrais rendez-vous.

Voyage au pays des vivants, c'est le spectacle qui n'a jamais aussi bien porté son nom : celui de l'après-accident, avec une nouvelle équipe, professionnelle cette fois, et une nouvelle dimension dans l'hommage.

Ça ne finira jamais, c'est le premier spectacle qui ressemble vraiment à l'idée que j'avais au tout début. On y a intégré des cuivres, des chœurs, et un peu plus de présence de Johnny.

Quelque chose de Johnny, c'est le plus abouti, et le titre le plus juste, celui qui correspond à l'ADN de Phoenix 66. C'est presque le même spectacle que Ça ne finira jamais, dont la chanson-titre reste le moment fort du show. Mais on se permet de changer l'ordre, d'enlever une chanson, d'en ajouter une autre, pour que le public qui nous suit sur presque toutes les dates n'entende pas toujours exactement la même chose.

Et un nouveau spectacle est déjà dans ma tête : j'espère pouvoir le monter d'ici l'année prochaine.

Mon seul et unique but a toujours été de revenir sur scène.
Anthony Da Silva

L'accident et le retourL'accident
et le retour

En février 2021, tu as été victime d'un grave accident de la route, alors que tu faisais des livraisons. Si tu es d'accord pour en parler, que s'est-il passé ce jour-là ?

En sortant du Covid, j'avais repris un job. Les confinements nous avaient fragilisés, les dates ne s'étaient pas faites, et on savait que le retour serait compliqué, d'autant que les tributes Johnny avaient poussé comme des champignons pendant cette période. Je faisais des livraisons de nuit, Metz-Lyon et Lyon-Épinal, du lundi au vendredi.

Et un soir pas comme les autres, après une nuit trop courte, je me suis endormi. C'est le choc, très violent, qui m'a réveillé : j'ai percuté un convoi qui roulait à 75 km/h, alors que mon régulateur était bloqué à 130, puisque je venais d'entrer sur l'autoroute... Désincarcération. Coma. Pronostic vital engagé pendant 48 heures. Fracture des épines tibiales à la jambe gauche, fracture ouverte du genou droit, tibia et fémur fracturés, et l'ablation de la rate et des deux tiers du pancréas.

Puis enfin le réveil, avec des tuyaux partout, les deux jambes en attelle et un fixateur externe sur la jambe gauche. Mais pas sorti d'affaire pour autant... le chemin allait être long.

Après deux opérations à Nancy, la route a été longue. À quoi pensais-tu pendant ces semaines à l'hôpital ?

Je n'ai pas compté les opérations, entre l'abdomen et les jambes, mais il y en a eu bien plus que deux, parfois pour des infections où il a fallu rouvrir.

Quand j'ai vu mon état, je crois que je n'ai pas réalisé tout de suite. Quand tu sors du coma, tu te réveilles en te disant que c'est un mauvais rêve... Soulagé d'être en vie, évidemment, mais tu ignores encore ce qu'elle va être, cette vie.

Qu'est-ce qui t'a aidé à tenir ? Quelle place a eue la musique ?

La musique et Johnny, inévitablement !

Après plusieurs opérations et plusieurs semaines de surveillance, notamment pour mon abdomen et mon système digestif, j'ai été admis au centre de rééducation Louis Pierquin, à Nancy. Je suis tombé sur une équipe formidable, vraiment, aussi bien professionnellement qu'humainement. Le Dr Claudon, qui suivait mon dossier, me connaissait déjà : deux ans plus tôt, le soir où je fêtais mes 39 ans sur scène, il avait emmené son fils de 5 ans à son tout premier concert. Un concours de circonstances incroyable... comme quoi, il n'y a pas de hasard. J'ai eu l'autorisation exceptionnelle de garder ma guitare dans ma chambre. Je jouais très doucement, bien sûr, bien trop timide pour me montrer : personne n'a jamais su que je l'avais, pas même les infirmières.

Quant à l'équipe de kinés, Jean-Michel, Muriel et Jean, que dire... je leur dois énormément, et je pense souvent à eux.

Avec cette anecdote, je peux dire que Johnny m'a aidé, une fois de plus, à m'en sortir. Et la musique, évidemment, parce que mon seul et unique but a toujours été de revenir sur scène. Quand on est au fond du trou, rien n'est plus important que d'avoir un objectif. Et cet objectif, je le voulais aussi pour le public, et pour toutes les personnes qui m'avaient envoyé des messages de soutien.

En juillet 2021, quelques mois seulement après l'accident, tu remontais sur scène. Raconte-nous ce premier concert.

Quand je regarde les photos, j'en suis encore le premier surpris. Je suis livide, j'ai perdu 20 à 25 kilos... mais je suis là, debout, et c'est l'essentiel. Et surtout, je peux chanter.

Je me souviens aussi des fans de la première heure, Valerie, Danièle, Pascal, Gilles, Annick, Michel, Franck, Isabelle et Kévin, et j'en oublie peut-être, qui m'avaient fait la surprise de reprendre L'Envie avec des paroles réécrites pour l'occasion.

Ces moments-là, je ne les oublie pas. Ils font partie de moi.

À l'époque, tu confiais que c'était en chantant que tu avais le plus mal. Comment on chante quand le corps n'a pas fini de guérir ?

On n'y pense pas. Sinon on ne guérit pas, on n'avance pas.

Tenir debout pendant deux heures, parfois plus, c'est encore compliqué pour moi aujourd'hui. Mais quand les lumières s'allument, que les premiers accords se font entendre et que le public applaudit, au diable les douleurs : il faut y aller, et l'envie d'y aller est plus forte que tout. Je ne peux pas décevoir le public, ni mes musiciens. Je ne peux pas, et surtout je ne veux pas.

Chaque concert reste un combat. J'en parle peu, par pudeur, et parce qu'il y a tellement pire que moi : je n'ai pas le droit de me plaindre, je suis en vie, et c'est déjà beaucoup. Mais mon genou me fait toujours mal, c'est une douleur permanente, et mon abdomen aussi, alors que c'est un outil indispensable pour chanter. Donc quand faut y aller, faut y aller !

Qu'est-ce que cet accident a changé dans ta vie, et dans ta façon de monter sur scène ?

Ça m'a surtout appris que du jour au lendemain, tout peut changer. Il m'arrive encore souvent de me demander pourquoi je suis encore là. J'attends toujours la réponse...

Ça m'a aussi appris à profiter davantage du moment présent, sur scène notamment. Mais le revers de la médaille, c'est que quand la lumière s'éteint, c'est encore plus dur à supporter qu'avant. Johnny disait que quand la lumière s'éteint et que les guitares cessent de résonner, un artiste se retrouve incroyablement seul, même entouré. Il avait entièrement raison.

Le phénix, c'est l'oiseau qui renaît de ses cendres. Depuis 2021, le nom du groupe a-t-il pris un autre sens pour toi ?

Le groupe n'a jamais aussi bien porté son nom. J'en parle peu, j'évite de jouer sur la corde sensible... mais on m'a donné pour mort. Et je suis là : je suis remonté sur scène 4 ou 5 mois après un accident qui aurait pu me coûter la vie. Alors oui, je crois que le nom de Phénix est tout à fait bien choisi.

Je n'ai pas honte de dire que mes musiciens auraient pu jouer avec Johnny sans rougir.
Anthony Da Silva

Sur scène

Le 22 novembre 2025, Phoenix 66 jouait au Bataclan, à Paris. Qu'est-ce que tu ressentais juste avant d'entrer en scène ?

J'étais tellement stressé que je me suis rendu compte après coup que je n'avais pas vraiment profité du moment. C'est le lendemain que je me suis dit : mais merde, tu l'as fait !! J'avais complètement mis de côté ce qui avait pu se passer dans cette salle... the show must go on ! Évidemment, on n'oublie pas, c'est affreux. Mais la vie est plus forte, et ce lieu doit continuer d'exister, justement pour faire un pied de nez à ceux qui ont commis ces atrocités.

Au moment de monter sur scène, on ne pense qu'à faire de notre mieux, encore et toujours, comme à chaque fois. Ne pas décevoir. Faire comprendre aux gens qu'on ne veut prendre la place de personne, mais que l'hommage doit continuer : pour entendre encore les chansons de Johnny, et peut-être aussi pour les faire découvrir.

Ce soir-là était différent : dans la salle, il y avait des amis proches de Johnny, des gens qui l'ont côtoyé, d'autres venus de loin... et qui, évidemment, m'attendaient au tournant.

Pierre Billon, parrain du groupe et directeur artistique de Johnny pendant plus de 40 ans, était dans le public ce soir-là, et il a eu des mots très forts sur le spectacle. Qu'est-ce que ça t'a fait ?

Je suis toujours partagé entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas, ça reste du showbiz. Mais vu les retours qu'on a eus sur ce spectacle, je pense qu'il a été sincère.

La sincérité est rare dans ce métier, j'en ai conscience. Mais Pierre est différent : il n'est pas du genre à mâcher ses mots, et quand il dit quelque chose, c'est qu'il le pense.

J'ai été extrêmement touché, évidemment, et surtout fier. Reprendre ce répertoire, c'est un travail énorme, pour moi, avec les difficultés que je rencontre aujourd'hui, mais aussi pour les musiciens.

Des musiciens m'ont souvent dit "jouer du Johnny, c'est facile", avec ce petit sourire qui en disait long. Mais nous, on ne le joue pas, on l'interprète, et ça fait toute la différence ! Ça demande beaucoup de travail, parce qu'on reste au plus près des versions originales ou live que j'ai choisies pour ce spectacle. Et je n'ai pas honte de dire que mes musiciens auraient pu jouer avec Johnny sans rougir.

Ton plus beau souvenir de concert, celui que tu n'oublieras jamais ?

Mon entrée sur scène au concert que j'avais voulu faire pour remercier le personnel soignant, à Saint-Max (54). Le message était clair et fort : j'ouvrais avec "Ce qui ne tue pas nous rend plus fort". Il n'y a pas grand-chose à ajouter.

Un moment d'émotion avec le public qui t'a marqué ?

Chaque rendez-vous est un partage d'émotion, et je crois que c'est ce qui fait la force de ce spectacle.

S'il ne devait y en avoir qu'un, ce serait peut-être au Bataclan, quand le public a repris "Joyeux anniversaire" en chœur...

Une anecdote de coulisses : un imprévu, un fou rire, une galère ?

Côté galères, on s'en sort plutôt bien, on n'est pas trop embêtés.

Je pense surtout au nombre de fois où j'ai failli me casser la figure sur scène... parfois ça se voit, parfois non ! J'oublie que je ne peux plus faire n'importe quoi (rires)

As-tu un rituel avant de monter sur scène ? Et comment prends-tu soin de ta voix quand les dates s'enchaînent ?

Avant de monter sur scène, je suis plutôt solitaire. En général, ça me prend au milieu du repas, une heure et demie ou deux heures avant le spectacle : j'ai besoin de m'isoler, ça me coupe l'appétit, et je dois me retrouver avec moi-même.

Ma voix, je n'en prends pas assez soin, je le sais. Mais je ne fais jamais rien à moitié, surtout pas en musique : je l'économise peu et je lui en demande toujours beaucoup, voire trop. Donc en réalité, je ne fais rien de particulier, je veille juste à ne pas prendre froid.

Le 5 décembre 2026, vous jouez à La Rotonde de Thaon-les-Vosges. Qu'est-ce que ça représente de jouer devant le public des Vosges ?

Je suis originaire de Baccarat, aux portes des Vosges, et c'est dans les Vosges que je vis aujourd'hui. J'ai toujours porté ce département dans mon cœur : à chaque fois, c'est comme jouer à domicile. On reconnaît beaucoup de visages, et avec le temps, une vraie complicité s'est installée avec le public vosgien : on échange des regards, des sourires. C'est toujours très agréable.

Après le Bataclan, on parle de l'Olympia. C'est la scène dont tu rêves, ou il y en a une autre ?

Le rêve absolu, ce serait le Stade de France, mais pour ça il faudrait être Johnny et je ne le suis pas. L'Olympia serait une étape de plus et une certaine consécration, évidemment : il y a joué tellement de fois.

En dehors de la scèneEn dehors
de la scène

Qui est Anthony quand il n'est pas en concert ?

Un homme qui aime le calme et la nature. Loin des lumières, il n'y a plus de paillettes... Le matin, il y a l'animateur radio, mais l'après-midi, vous me trouverez plus facilement dans la nature ou au bord de l'eau, peut-être en train de pêcher... et souvent ne rien prendre. Pour rien au monde je ne quitterais mon écrin de verdure. Bien sûr, vivre loin des grandes villes complique les choses pour faire carrière, mais c'est un besoin. Je suis plus heureux chez moi quand il neige qu'allongé sur une plage au soleil, malgré mes origines. Et si vous me croisez, soyez sûr que Jayke, mon chien, n'est jamais loin.

Le groupe joue aussi pour de belles causes : un concert de soutien à l'Ukraine en 2022, les concerts Octobre Rose des Bulles Roses cette année. Pourquoi c'est important pour toi ?

Parce que la musique a toujours fédéré. On a de la chance de faire ce métier, alors il faut savoir l'utiliser à bon escient et lui donner une utilité. J'aimerais faire plus. Je suis sensible à beaucoup de causes, à commencer par la protection animale : je vois souvent plus d'humanité dans le regard d'un animal et sa façon d'agir que chez certains êtres humains.

Et comme j'ai été concerné, d'une certaine manière, par le domaine médical, Octobre Rose me tenait forcément à cœur. J'entretiens de très bonnes relations avec l'association Bulles Roses. Je suis aussi le parrain du petit Gabin (association Pas à pas avec Gabin), un petit garçon de 7 ans atteint d'une maladie neurodégénérative, que j'avais invité au Bataclan. L'occasion pour lui et sa famille de sortir un peu du quotidien... Ce n'est pas grand-chose, mais c'est mieux que rien.

En quelques mots

Johnny en un mot

Inégalable, exceptionnel sur scène, hors norme et tellement simple

Une chanson, hors Johnny, qui te donne des frissons

Le cœur en deux !!

Si tu n'étais pas chanteur, tu serais

Je pense que je travaillerais dans le bois...

Son message à ceux qui ne sont jamais venus

Je veux juste les rassurer : je ne me prends pas pour Johnny. C'est un spectacle hommage, fait en toute humilité et avec beaucoup de respect. Ceux qui l'ont profondément aimé y trouveront l'occasion de penser à lui en chanson, et ceux qui ne l'aimaient pas découvriront de magnifiques chansons, avec des textes puissants et une écriture comme on n'en trouve plus beaucoup ! Et à tous, je vous dis à bientôt ! Merci Johnny !

Anthony Da Silva

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