L'accident et le retourL'accident
et le retour
En février 2021, tu as été victime d'un grave accident de la route, alors que tu faisais des livraisons. Si tu es d'accord pour en parler, que s'est-il passé ce jour-là ?
En sortant du Covid, j'avais repris un job. Les confinements nous avaient fragilisés, les dates ne s'étaient pas faites, et on savait que le retour serait compliqué, d'autant que les tributes Johnny avaient poussé comme des champignons pendant cette période. Je faisais des livraisons de nuit, Metz-Lyon et Lyon-Épinal, du lundi au vendredi.
Et un soir pas comme les autres, après une nuit trop courte, je me suis endormi. C'est le choc, très violent, qui m'a réveillé : j'ai percuté un convoi qui roulait à 75 km/h, alors que mon régulateur était bloqué à 130, puisque je venais d'entrer sur l'autoroute... Désincarcération. Coma. Pronostic vital engagé pendant 48 heures. Fracture des épines tibiales à la jambe gauche, fracture ouverte du genou droit, tibia et fémur fracturés, et l'ablation de la rate et des deux tiers du pancréas.
Puis enfin le réveil, avec des tuyaux partout, les deux jambes en attelle et un fixateur externe sur la jambe gauche. Mais pas sorti d'affaire pour autant... le chemin allait être long.
Après deux opérations à Nancy, la route a été longue. À quoi pensais-tu pendant ces semaines à l'hôpital ?
Je n'ai pas compté les opérations, entre l'abdomen et les jambes, mais il y en a eu bien plus que deux, parfois pour des infections où il a fallu rouvrir.
Quand j'ai vu mon état, je crois que je n'ai pas réalisé tout de suite. Quand tu sors du coma, tu te réveilles en te disant que c'est un mauvais rêve... Soulagé d'être en vie, évidemment, mais tu ignores encore ce qu'elle va être, cette vie.
Qu'est-ce qui t'a aidé à tenir ? Quelle place a eue la musique ?
La musique et Johnny, inévitablement !
Après plusieurs opérations et plusieurs semaines de surveillance, notamment pour mon abdomen et mon système digestif, j'ai été admis au centre de rééducation Louis Pierquin, à Nancy. Je suis tombé sur une équipe formidable, vraiment, aussi bien professionnellement qu'humainement. Le Dr Claudon, qui suivait mon dossier, me connaissait déjà : deux ans plus tôt, le soir où je fêtais mes 39 ans sur scène, il avait emmené son fils de 5 ans à son tout premier concert. Un concours de circonstances incroyable... comme quoi, il n'y a pas de hasard. J'ai eu l'autorisation exceptionnelle de garder ma guitare dans ma chambre. Je jouais très doucement, bien sûr, bien trop timide pour me montrer : personne n'a jamais su que je l'avais, pas même les infirmières.
Quant à l'équipe de kinés, Jean-Michel, Muriel et Jean, que dire... je leur dois énormément, et je pense souvent à eux.
Avec cette anecdote, je peux dire que Johnny m'a aidé, une fois de plus, à m'en sortir. Et la musique, évidemment, parce que mon seul et unique but a toujours été de revenir sur scène. Quand on est au fond du trou, rien n'est plus important que d'avoir un objectif. Et cet objectif, je le voulais aussi pour le public, et pour toutes les personnes qui m'avaient envoyé des messages de soutien.
En juillet 2021, quelques mois seulement après l'accident, tu remontais sur scène. Raconte-nous ce premier concert.
Quand je regarde les photos, j'en suis encore le premier surpris. Je suis livide, j'ai perdu 20 à 25 kilos... mais je suis là, debout, et c'est l'essentiel. Et surtout, je peux chanter.
Je me souviens aussi des fans de la première heure, Valerie, Danièle, Pascal, Gilles, Annick, Michel, Franck, Isabelle et Kévin, et j'en oublie peut-être, qui m'avaient fait la surprise de reprendre L'Envie avec des paroles réécrites pour l'occasion.
Ces moments-là, je ne les oublie pas. Ils font partie de moi.
À l'époque, tu confiais que c'était en chantant que tu avais le plus mal. Comment on chante quand le corps n'a pas fini de guérir ?
On n'y pense pas. Sinon on ne guérit pas, on n'avance pas.
Tenir debout pendant deux heures, parfois plus, c'est encore compliqué pour moi aujourd'hui. Mais quand les lumières s'allument, que les premiers accords se font entendre et que le public applaudit, au diable les douleurs : il faut y aller, et l'envie d'y aller est plus forte que tout. Je ne peux pas décevoir le public, ni mes musiciens. Je ne peux pas, et surtout je ne veux pas.
Chaque concert reste un combat. J'en parle peu, par pudeur, et parce qu'il y a tellement pire que moi : je n'ai pas le droit de me plaindre, je suis en vie, et c'est déjà beaucoup. Mais mon genou me fait toujours mal, c'est une douleur permanente, et mon abdomen aussi, alors que c'est un outil indispensable pour chanter. Donc quand faut y aller, faut y aller !
Qu'est-ce que cet accident a changé dans ta vie, et dans ta façon de monter sur scène ?
Ça m'a surtout appris que du jour au lendemain, tout peut changer. Il m'arrive encore souvent de me demander pourquoi je suis encore là. J'attends toujours la réponse...
Ça m'a aussi appris à profiter davantage du moment présent, sur scène notamment. Mais le revers de la médaille, c'est que quand la lumière s'éteint, c'est encore plus dur à supporter qu'avant. Johnny disait que quand la lumière s'éteint et que les guitares cessent de résonner, un artiste se retrouve incroyablement seul, même entouré. Il avait entièrement raison.
Le phénix, c'est l'oiseau qui renaît de ses cendres. Depuis 2021, le nom du groupe a-t-il pris un autre sens pour toi ?
Le groupe n'a jamais aussi bien porté son nom. J'en parle peu, j'évite de jouer sur la corde sensible... mais on m'a donné pour mort. Et je suis là : je suis remonté sur scène 4 ou 5 mois après un accident qui aurait pu me coûter la vie. Alors oui, je crois que le nom de Phénix est tout à fait bien choisi.